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Chapitre 127 : Encore des mauvaises nouvelles

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La neige avait cessé de tomber et un calme plat régnait maintenant sur le parc. Au loin, majestueux et inébranlable, perçant la brume, le château de Poudlard s’élevait.

Le parc avait été dévasté, et il aurait été difficile de dire par quoi. Une immense tranchée d’une dizaine de mètres de profondeur le parcourait d’un bout à l’autre. La terre avait été complètement retournée, et des corps de Mangemorts inertes se mêlaient avec des buissons arrachés.
La Forêt Interdite avait elle aussi beaucoup souffert, et sur une centaine de mètres, il n’y avait que des troncs d’arbres carbonisés, encore fumants.
Les centaures contemplaient ce paysage de désolation avec un air affligé, mais surtout une détermination certaine à lutter pour préserver leur Forêt Interdite.
Harry observa les alentours pendant de longues minutes, perdu dans ses pensées. La colère et la tristesse avaient momentanément disparu, et il avait l’impression d’être dans un autre monde, seul avec lui-même.
Les choses ne pouvaient pas être pires, il était en train de perdre les êtres qui lui étaient le plus chers les uns après les autres, et rien ne semblait pouvoir empêcher cela. Cela devait cesser, il était plus déterminé que jamais, et il se leva inconsciemment, comme pour aller au combat.
Mais les larmes de ses amis et les plaintes de Graup le ramenèrent brutalement à la réalité. Il était trop faible pour avoir envie de se battre. Il avait simplement besoin de pleurer pour évacuer son chagrin et l’intense douleur qui le meurtrissait.
–    Bonjour Harry.
Abelforth s’était approché de lui et lui avait posé la main sur l’épaule.
Harry essaya de répondre « bonjour », mais aucun son ne sortit de sa bouche.
–    Le moment est mal venu pour ce que j’aurais à te dire. Je suis revenu en catastrophe de Laponie quand j’ai appris ce qui se passait ici, je dois malheureusement y retourner. Je te contacterai ce soir.
Harry acquiesça, il n’avait rien à répondre, et il posa à nouveau son regard sur le corps sans vie de Hagrid.
–    Il faut le ramener à l’école, dit simplement le professeur Chourave, mettant fin à un autre long silence déprimant.
Le professeur Dillantis s’avança et fit léviter le corps pour le transporter.
Le professeur Chourave sembla se rendre compte de sa présence et elle parut au bord de la colère. Remarquant le malaise général, le professeur Dillantis prit la parole :
–    Des explications, plus tard, je vous donnerai. Le moment, malvenu, est malheureusement.
Harry en temps normal se serait posé des milliards de questions à propos de ce mystérieux personnage. Il l’aurait peut-être même soupçonné d’être un extraterrestre. Mais son esprit était encore trop endolori pour qu’il puisse penser.
Ses amis étaient autant touchés. Hermione versait des flots de larmes, et s’était réfugiée dans les bras de Ron qui était pâle comme la mort. Ginny ne pleurait pas, mais elle semblait profondément émue, et Harry la trouva même jolie dans la tristesse. Il savait qu’elle ressentait exactement la même chose que lui, et que le besoin de lutter pour venger toutes les victimes de Voldemort brûlait au fond d’elle telle une flamme éternelle.
Les cours du matin venaient de se terminer à Poudlard, et les élèves avaient quitté leurs salles de classe pour découvrir les cicatrices laissées par l’âpre combat.
–    S’il vous plaît ! Nous vous demandons de ne pas aller dans le parc pour votre sécurité ! annonça le professeur Chourave.
Les élèves avaient envahi le Hall qui était totalement ravagé. Les murs étaient criblés de sortes de cratères, et les corps d’Aurors et de Mangemorts assommés jonchaient le sol.
L’Ordre du Phénix formait une longue procession. A sa tête, le professeur Chourave s’assurait de dégager le passage. Derrière, supporté par des étincelles magiques dorées, le corps de Hagrid lévitait, sous le contrôle de la boule de cristal du professeur Dillantis.
L’Ordre du Phénix s’était réparti autour du corps. Harry, Ron, Hermione, Ginny, Neville et Luna fermaient la marche, accompagnés de Mr et Mrs Weasley ainsi que des jumeaux. 
Des exclamations de stupeur envahirent le Hall quand le corps de Hagrid passa les portes de chêne. Beaucoup d’élèves n’aimaient pas ses cours ou ne le connaissaient simplement pas, mais ils le trouvaient attachant, et le voir dans cet état avait quelque chose de bouleversant.
Ils savaient que les choses seraient différentes sans Hagrid. Le château perdrait un peu de son humanité. Il en était en quelque sorte le gardien, et les élèves avaient l’habitude de le voir amener tous les ans les douze sapins pour décorer la Grande Salle à Noël, de le voir entretenir les potagers, s’occuper des créatures magiques de l’école.
Le corps fut déposé dans une salle annexe, dans le couloir qui menait à la Grande Salle.
–    Les personnes qui souhaitent se recueillir autour de lui pourront le faire ici, annonça le professeur Chourave. Professeur Fitz, je pense qu’il doit être enterré à Poudlard avec les autres professeurs décédés. Je suppose que vous êtes le nouveau Directeur après le départ de Rogue.
Mais un hululement se fit entendre et un hibou brun aux yeux ambrés vint se poser sur le bras du professeur Chourave, déposant une petite lettre dorée.
Le professeur Chourave l’ouvrit et elle s’échappa de ses mains pour léviter dans les airs.
Une voix féminine douce s’éleva.
 
Chère Pomona Chourave, 
 
Le Conseil d’Administration de Poudlard, qui a recouvré son pouvoir il y a de cela une demi-heure sur décision de la ministre de la Magie Nymphadora Tonks, a l’honneur de vous nommer Directrice de Poudlard.
Etant donnée l’urgence de la situation à Poudlard, la décision de contourner les formalités habituelles lors de la nomination du Directeur a été prise à la majorité absolue par le Conseil d’Administration.
Nous vous souhaitons la plus grande réussite dans votre noble mission.
Sincèrement,
 
Le Conseil d’Administration de Poudlard
 
Quelques applaudissements s’élevèrent parmi les élèves, et l’ensemble de la salle suivit.
–    Merci, répondit simplement le professeur Chourave, sans esquisser le moindre sourire, lorsque le concert d’applaudissement cessa.
–    Je pense que nous devons réunir les élèves dans la Grande Salle, annonça le professeur Fitz.
–    Très bien, est-ce que vous pouvez vous en occuper, professeur, et leur expliquer ce qui s’est passé ?
–    Bien sûr.
–    Professeur Dillantis, pourriez-vous aller avec le professeur Fitz, je pense qu’il y a quelques détails à modifier dans la décoration de la Grande Salle, si vous voyez ce que je veux dire. Quant à moi, je rejoins Mme Pomfresh, nous devons soigner les blessés, je vais avoir besoin d’aide.
–    Nous venons, annonça Harry, qui tenait à prendre des nouvelles du professeur Tanghudaï.
–    Très bien, tous ceux qui sont blessés, vous devriez nous suivre.
Harry se rendit compte à quel point le combat avait fait des dégâts. Maugrey et Mrs Bett étaient dans un état lamentable, et il se demandait d’ailleurs comment une si vieille dame pouvait avoir survécu à de telles blessures. En voyant son visage lacéré et l’orbite de son œil vide, il préféra ne pas s’imaginer la torture qu’elle avait dû subir.
Ron avait énormément de mal à marcher, et il semblait avoir été touché gravement à une jambe. En tous cas, son pantalon était imbibé de sang.
Dedalus Diggle avait un bras cassé et semblait beaucoup souffrir. Enfin, Hestia Jones s’était évanouie et était soutenue par Sturgis Podmore qui avait une énorme cicatrice sur la joue.
Voyant qu’il y avait des blessés parmi d’autres Aurors, le professeur Chourave se rendit compte de la difficulté.
–    Bien, en fait nous allons aller à l’infirmerie. Ste-Mangouste n’est pas vraiment sûr ces temps-ci, je pense que l’hôpital est encore sous le contrôle des Mangemorts. Avec un peu de chance, le professeur Strout connaît des Guérisseurs qui pourraient venir nous aider.
Tout le groupe se rendit à l’infirmerie, et en passant dans le Hall, ils découvrirent à nouveau le champ de cadavres d’Aurors et de Mangemorts. Harry, en voyant cette boucherie, regretta d’avoir utilisé un maléfice si puissant. Mais il avait fallu le faire pour mettre fin à ces combats inutiles et risqués. Certains Aurors n’avaient certainement fait que suivre des ordres, des ordres avec lesquels ils n’étaient pas d’accord, et ils n’avaient pas mérité une telle punition.
–    On devrait aussi aller chercher les professeurs des options de Médecine Magique, ils nous seront bien utiles. Professeur Firenze ?
Le centaure, qui semblait abattu, leva la tête.
–    S’il vous plait, pourriez-vous vous rendre en salle des professeurs et aller regarder l’emploi du temps des professeurs des options de Médecine Magique, s’ils n’ont pas cours, ils sont certainement dans leurs appartements, vous ferez plus vite que nous.
Harry sentit du mouvement dans sa poche. Fumseck était encore un minuscule oiseau, dépourvu de tous ses pouvoirs, et qui n’avait rien du phénix majestueux qu’il était en temps normal.
Ils empruntèrent les balais de l’école pour rejoindre la tente où était soigné le professeur Tanghudaï. Harry était seul avec le professeur Chourave et Ginny qui avait tenu à venir avec lui. Les autres s’étaient tous rendus à l’infirmerie.
Les chutes de neige avaient cessé mais il faisait toujours un froid glacial et les rayons du soleil ne parvenaient pas à percer les nuages.
Lupin, le professeur Strout, et Mme Pomfresh se retournèrent brutalement en les entendant entrer dans la tente.
–    Alors ? demanda Lupin, très inquiet.
–    Tout le monde va bien ? ajouta Mme Pomfresh.
Harry, Ginny et le professeur Chourave se regardèrent d’un air abattu.
–    Hagrid est mort, répondit simplement Harry, constatant à quel point ces trois mots étaient difficile à prononcer.
Le fait de le dire conférait à cette mort un caractère irréversible, et une larme coula à nouveau sur la joue de Harry.
–    Tué par Voldemort, ajouta-t-il. Il était au combat avec nous… Les autres vont à peu près bien… et…
–    Quoi ? demanda Lupin, encore plus inquiet en voyant l’air maladif de Harry.
–    C’est une bonne nouvelle… le ministère est tombé, et Tonks a été nommée ministre.
Lupin acquiesça, il lui aurait été impossible de sourire. C’était un grand accomplissement pour Tonks d’accéder au poste suprême du ministère de la Magie. Mais tous auraient préféré que cela se fisse dans des conditions meilleures.
–    Comment va-t-il ? demanda Harry en montrant le professeur Tanghudaï qui était profondément endormi.
–    Les nouvelles sont bonnes, répondit Mme Pomfresh, qui avait les yeux emplis de larmes. Il va s’en sortir, c’est une certitude, je pense que demain nous pourrons le déplacer vers l’infirmerie. La nuit va être épouvantable pour lui, il va énormément souffrir quand les os se remettront.
–    Bien, c’est une bonne nouvelle, répondit le professeur Chourave. Professeur Strout, nous avons besoin de beaucoup d’aide au château, il y a beaucoup de blessés, des renforts sont nécessaires. Est-ce que vous pensez que d’anciens collègues seraient prêts à nous rejoindre ici pour procurer des soins aux blessés ?
–    Bien sûr, répondit-elle avec détermination. Je vais les convaincre s’ils ne veulent pas. Mme Pomfresh, il n’y a plus besoin de mon aide ?
–    Non, allez-y, Myriam, je peux m’en occuper seule maintenant.
Harry et Lupin se regardèrent, chacun d’eux cherchant du soutien dans le regard de l’autre.
Lupin semblait épuisé, et presque misérable.
–    On gagnera cette guerre, murmura Harry, ils vont payer pour ceux qu’ils nous ont pris, Voldemort mourra !
–    On te fait confiance, Harry, et sache que nous sommes tous avec toi. Ces crimes ne peuvent pas rester impunis, nous vaincrons, et oui, Voldemort mourra.
–    Il s’est encore enfui lâchement, murmura Harry, revivant cette scène déchirante de la mort de Hagrid. Le frère de  Dumbledore est arrivé, et le combat a tourné en leur défaveur. Rogue était avec lui…
–    Rogue… murmura Lupin.
Harry plongea un instant sans le vouloir dans les pensées de Lupin. Les émotions faisaient qu’il était facile de les lire. Et il lut beaucoup de doute à l’égard de Rogue.
Il savait qu’il était temps de faire ce qu’il voulait faire depuis longtemps : révéler le secret à Lupin.
–    Je pourrais te parler en privé ? demanda Harry. Ca risque d’être un peu long.
–    Bien sûr.
–    Où allez-vous ? s’inquiéta Mme Pomfresh en les voyant se diriger tous les deux vers l’extérieur de la tente. Il faut quelqu’un pour nous protéger des attaques ! Je me battrai jusqu’au bout, mais je ne ferais pas le poids face à des Mangemorts.
–    On va rester pas loin, répondit Harry, et…
–    Je reste là, annonça Ginny, qui avait parfaitement compris ce que Harry comptait faire.
–    Je reste aussi, annonça Dobby, et je ne viendrai déranger Harry Potter que s’il y a urgence.
–    Merci, Dobby, c’est gentil.
Ils pénétrèrent dans le bâtiment le plus proche, cette aile à l’extrême ouest de Poudlard, dans laquelle ils avaient combattu Voldemort plus tôt dans la matinée, dans un petit salon du cinquième étage.
–    Je ne sais pas si je devrais dire cela, mais j’ai l’impression que c’est ce qu’il y a de mieux à faire, expliqua Harry, qui comptait aller droit au but.
–    Je t’écoute, Harry, tu peux toujours changer d’avis, répondit Lupin sur un ton des plus sincères. 
Cela rassura Harry qui entreprit de tout lui expliquer.
–    Dumbledore m’a laissé une lettre, je l’ai reçue quelques jours après sa mort. Il a mis en place un plan – et je ne sais pas en quoi il consiste – qui nécessitait sa mort. Cela me semblait dingue au début, mais j’ai rencontré son frère, Abelforth, et il l’a mis en place avec lui. Il ne veut pas nous dire, d’après lui…
Harry s’interrompit, il préférait ne pas dire qu’il y avait des risques pour sa vie s’il apprenait ce qu’était le plan. Il n’avait pas envie de subir une nouvelle fois des remontrances. Lupin sembla le comprendre parfaitement et acquiesça.
–    Il devait donc mourir pour que cela fonctionne, et il a demandé à Rogue de le faire. Il a dû le convaincre par tous les moyens, et il a réussi. Cela a permis à Rogue de garder sa couverture auprès de Voldemort, et c’est grâce à lui que j’ai pu transmettre des informations avant toutes les attaques. Il est de notre côté, il m’a donné des informations essentielles qui nous ont permis d’éviter des morts certaines. Je sais que c’est dur…
–    Je te crois, Harry, l’interrompit Lupin. En réalité, je m’en doutais, et je pense que tu l’avais compris. Cette lettre de Dumbledore, j’étais au courant qu’il t’en avait laissé une. J’aurais préféré te l’apporter moi-même, mais Maugrey était en manque d’action, et il a absolument tenu à te l’apporter. J’ai immédiatement compris qu’il y avait quelque chose d’étrange autour de sa mort. 
« C’était évident qu’il préparait quelque chose peu 
avant de mourir, et c’était aussi évident que Rogue allait très mal. Il n’en parlait jamais, mais cela se ressentait lors de nos réunions pour l’Ordre.
« Je me suis aussi rendu compte que tu n’avais pas de haine envers lui. Je te connais bien, Harry, tu as quelque chose en toi qui est comme ton père, et j’ai compris que tu avais beaucoup d’estime pour Rogue.
–    Oui, je pensais que tu avais compris. Et j’ai compris que tu doutais. Alors j’ai pensé que tu devrais le savoir, même si j’étais censé garder le secret.
–    Qui est au courant ?
–    Ron, Hermione et Ginny. Et… Joe Jigger.
–    Joe Jigger ? s’étonna Lupin.
–    Oui, il est avec nous… je ne peux pas t’en dire plus, mais je le sais. 
–    D’un côté, cela ne me surprend pas vraiment, et je me demandais pourquoi Voldemort lui faisait tant confiance alors qu’il n’a pas l’air très méchant…
–    Je me demande aussi un peu, avoua Harry.
–    Je te remercie de m’avoir mis au courant. Tu sais que tu peux me faire confiance, et que je suis prêt à t’aider aveuglément. Si tu dois garder un secret, je ne t’en voudrais jamais de ne pas me le révéler, et je serai toujours là pour t’aider dans toutes tes missions.
–    Merci, répondit Harry, profondément touché.
Leur discussion fut longue ensuite. Harry avait trouvé en Lupin comme un père. Il lui parla de son amour pour Ginny, de ses peurs à propos de ses amis, de sa tristesse et de sa nostalgie à propos de ses premières années à Poudlard, de sa peur pour l’avenir.
A chaque fois, Lupin avait trouvé les mots pour le rassurer, et Harry se sentit comme revigoré quand, près d’une heure plus tard, ils rejoignirent la tente.
–    Eh bien, vous en avez mis du temps, répondit Mme Pomfresh. 
Harry constata à l’expression de Ginny que celle-ci n’avait pas vraiment apprécié d’être enfermée pendant une heure dans une tente seule avec Mme Pomfresh, et qu’elle était contente de le revoir.
–    Bien, je vais rester là, annonça Lupin, vous pouvez retourner au château ! Si vous pouviez faire en sorte qu’on nous apporte quelque chose à manger, ce serait gentil !
–    C’est d’accord !
Ils rejoignirent le château par leurs balais, et Harry constata avec soulagement que le Hall avait été dégagé, et que les blessés avaient été pris en charge.
–    Tout le monde est parti à l’infirmerie ! lui annonça Nick Quasi-Sans-Tête. Une horde de Guérisseurs est arrivée en renforts.
–    Merci, Nick !
Mais alors qu’ils commencèrent à courir dans les escaliers pour rejoindre l’infirmerie, Harry repensa à ce fantôme mystérieux dont ils avaient vu le nom dans les sous-sols du donjon de l’aile sud.
–    Ah, Nick !
–    Oui ? répondit celui-ci, qui s’apprêtait à traverser le sol pour rejoindre les cachots.
–    Est-ce que vous connaissez un fantôme qui s’appelle Basile Serpentard ?
–    Qui ça ? s’étonna le fantôme.
–    Basile Serpentard, répondit Harry. On a vu son nom sur… euh… une carte de l’école. Il était dans les sous-sols, quelque part près du donjon de l’aile sud.
–    Quelle idée de fréquenter des endroits pareils, jeune homme ! s’indigna Nick. Vous pensez vraiment que moi, Sir Nicholas de Mimsy-Porpington, je connais les fantômes qui traînent là-bas ?
–    Attendez, je ne savais pas ? L’endroit est mal fréquenté ?
–    Evidemment, il y a des cadavres humains partout, des sorciers y ont été torturés dans le temps. Les fantômes qui vivent à cet endroit sont des malades mentaux, si vous voulez mon avis !
–    Alors vous ne le connaissez pas ?
–    Assurément, non !
–    Merci quand même, répondit Harry, un peu déçu.
Dobby les abandonna un instant pour aller chercher de la nourriture en cuisines.
Harry et Ginny rejoignirent l’infirmerie où un triste spectacle les attendait. Elle avait dû être agrandie et des lits supplémentaires avaient été ajoutés. Une quinzaine de Guérisseurs venus en renforts n’étaient même pas suffisants  pour s’occuper de tous les blessés. 
Harry se pencha sur Ron qui était endormi.
–    Qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-il à Mrs Weasley qui était en train de pleurer, assise sur une chaise à son chevet.
–    Oh, ne te fais pas de souci pour lui, il va s’en sortir indemne. Il a été projeté sur un rocher par un maléfice, mais l’os n’a pas été touché. Mais ce n’est pas important… Oh, Harry, j’ai tellement peur quand je vois l’Ordre du Phénix se faire décimer lentement. Je fais des cauchemars toutes les nuits, je nous vois tous mourir. Pauvre Hagrid ! Il ne méritait pas ça !
Elle éclata en sanglots et Mr Weasley vint la consoler.
A l’autre bout de l’infirmerie, Mrs Bett n’avait jamais été aussi calme. Elle était allongée sur un lit voisin de celui de Maugrey. Ses blessures avaient été guéries, mais elle en garderait probablement des cicatrices indélébiles. 
Son œil manquant avait été remplaçé par un œil de verre assez terrifiant. Alors que celui de Maugrey était d’un bleu électrique, le sien était d’un mélange de jaune et de vert kaki du plus mauvais goût, et il tournait lentement dans son orbite.
–    Ca va, Pot-Pot ? demanda-t-elle en voyant Harry arriver.
Le ton de sa voix était beaucoup moins joyeux que d’ordinaire, et Harry savait qu’elle s’en voulait pour ce qui s’était passé.
–    Oui, je vais très bien, et vous ? Ca va mieux ?
–    Aha, je n’ai pas vraiment souffert, et puis j’ai un bel œil de verre, maintenant, comme Alastor ! 
–    Oui, il est… cool, répondit Harry.
–    Merci, Pot-Pot. Tu sais on s’en veut énormément pour ce qu’on a fait. Nous étions partis pour survoler les alentours, et la brigade d’intervention éclair nous a surpris. Si nous avions su que cela déclencherait une telle bataille…
–    Ce n’est pas de votre faute, répondit Harry. C’est celle de Voldemort et des Mangemorts. Vous ne pouviez pas savoir. Et puis, le ministère a été libéré, ce n’est pas si mal…
Les portes de l’infirmerie s’ouvrirent à la volée. Quatre Aurors y entrèrent, dont James Tilius. Derrière eux, le corps de Tonks lévitait, inanimé.
Les quatre Aurors avaient l’air catastrophé, et Harry craignit le pire.
–    Elle… la statue de Voldemort ! Elle était ensorcelée !
–    Elle est… ? demanda Arthur Weasley, en fixan Tonks.
–    Je ne sais pas, elle est comme pétrifiée, il faut faire quelque chose rapidement ! Elle bougeait encore tout à l’heure, pressa Tilius.
Trois Guérisseurs ainsi que Mme Pomfresh s’étaient déjà penchés sur elle.
–    Oh mon dieu !
–    On dirait qu’elle est morte, mais elle ne l’est pas. Non, non, elle est bien paralysée. Mais il va falloir savoir quel est le maléfice qui l’a touchée. Comment cela s’est-il passé ? demanda un Guérisseur.
–    Elle a tenté de détruire la statue de Voldemort sur la place du ministère. Au moins, elle a réussi, mais elle a reçu ce maléfice…
–    Il faut faire venir Lupin, dit Harry, encore sous le choc. Il doit être mis au courant.
Il se retourna vers les Aurors qui venaient d’arriver.
–    Est-ce que vous pourriez rejoindre la tente qui se trouve près de l’aile qui s’est effondrée au ministère ? Prenez les balais de l’école, il y a besoin de sécuriser la zone. Pendant ce temps-là, je vais chercher Lupin ! 
Harry s’en alla une nouvelle fois sur son balai en passant par la fenêtre de l’infirmerie.
L’annonce de la nouvelle ne fut pas facile, et Lupin sembla assommé par ce qu’il venait d’entendre. Il enfourcha son balai et ils volèrent avec Harry jusqu’à l’infirmerie.
L’état de Tonks était resté stable, même si les Guérisseurs n’avaient toujours pas la moindre idée de comment ils pourraient la sortir de cette paralysie.
–    Que s’est-il passé, au ministère ? demanda Harry à James Tilius qui avait perdu son sourire pour une expression catastrophée.
–    Joe Jigger est revenu d’on ne sait où ! On pensait que le fait de détruire la statue rendrait définitive la fin du règne de Voldemort. Joe Jigger a repoussé le peu de troupes que l’on avait réussi à convaincre de nous aider et le ministère est maintenant en grave danger.
Harry s’assit sur la chaise la plus proche. Il n’en pouvait plus d’apprendre autant de mauvaises nouvelles en une seule journée. Et ce n’était que le début de l’après-midi. Combien de catastrophes surviendraient encore avant la fin de ce jour maudit ?
Dobby revint quelques minutes plus tard avec de nombreux plats des cuisines de l’école, mais personne n’y toucha vraiment. Harry grignota un peu car il se sentait faiblir, mais il n’avait aucun appétit.
Il trouva du réconfort dans les bras de Ginny, mais le fait de la sentir triste lui mina encore plus le moral.
Finalement, il s’assoupit, assis sur une chaise bancale, et il fut emporté dans un sommeil inconfortable. Il vécut plusieurs fois dans ses cauchemars la scène toute fraîche de la mort de Hagrid. Mais à chaque fois, c’était un autre de ses amis qui mourrait. A la fin, il ne restait plus que lui, Ginny, et Voldemort.
Le décor avait changé, il se trouvait dans une forêt sombre.
–    Tous tes amis sont morts, Harry ? A quoi cela te sert-il de vivre encore ? demanda Voldemort avec un sourire narquois.
On entendit un gémissement quelque part dans les herbes et Harry s’aperçut qu’il y avait un corps.
–    Il n’est toujours pas mort ? s’étonna Voldemort. Nagini, c’est l’heure du festin.
Le gros serpent se redressa et observa sa proie avec délectation. Le professeur Tanghudaï était étendu sur le sol, visiblement sur le point de mourir.
Harry vécut une scène atroce. Nagini planta ses crocs dans la nuque du professeur Tanghudaï et une flaque de sang se répandit sur le sol. Puis elle le dévora tout entier et Voldemort éclata d’un rire glacial.
–    Impedimenta ! lança Voldemort.
Harry et Ginny se trouvèrent ligotés à deux poteaux en bois.
–    Intéressant, siffla Voldemort, s’approchant lentement d’eux.
Il fit un pas vers Ginny et Harry commença à hurler.
–    Silence ! cracha Voldemort.
Harry se rendit alors compte avec horreur que sa bouche avait disparu, et il ne pouvait plus émettre le moindre son.
Voldemort eut un sourire satisfait et leva son bras comme pour toucher Ginny.
Harry bouillonnait intérieurement. Il voulait hurler, briser les liens qui le retenaient, et sauver Ginny.
Voldemort toucha le front de Ginny avec son index et elle commença à se transformer en poussière, poussant un hurlement terrible.
Lentement, tout son corps se disloqua pour ne former plus qu’un tas qui se dispersa à la première bourrasque.
Puis Voldemort s’approcha de Harry et le toucha à son tour. Il ressentit une vive brûlure et sentit son corps disparaître de la même manière.
Lorsqu’il rouvrit les yeux, il était étendu sur le sol de l’infirmerie, et tous ses amis étaient penchés sur lui.
Harry savait que ce cauchemar n’avait pas été réel, Ginny était toujours vivante, elle était même là, à quelques centimètres de lui.
Pourtant, il lui avait semblé si proche, et il n’avait pas halluciné lorsqu’il avait ressenti toute la haine que Voldemort éprouvait pour lui.
–    Qu’est-ce que tu as vu, Harry ? demanda Hermione.
–    Rien, ce n’était qu’un cauchemar… un horrible cauchemar, mais rien de réel.
–    Très bien,  mais tu devrais fermer ton esprit, tu es affaibli en ce moment, et Voldemort pourrait te jouer des tours.
C’était peut-être cela en fait, Voldemort s’était amusé à lui faire vivre les pires cauchemars, en utilisant leur lien si fort en ce moment contre lui.
Harry ne comprenait plus ce que cela signifiait. Joe Jigger lui avait dit qu’il était en train de prendre le pouvoir sur Voldemort, et pourtant, c’était lui qui faisait des mauvais rêves et qui en souffrait.
Un hibou s’introduisit dans l’infirmerie et détourna l’attention des sorciers présents dans l’infirmerie. Harry se releva et but un verre d’eau pour se réveiller.
La lettre qu’il apportait était destinée au professeur Chourave et elle la lut en diagonale, avant d’annoncer la nouvelle.
–    Le ministère est tombé à nouveau aux mains de Voldemort. Joe Jigger est ministre, il m’envoie une lettre pour me signifier que le Conseil d’Administration a été dissous et que c’est au ministre de nommer le Directeur. Il a donc à nouveau choisi Rogue qui sera bientôt de retour dans l’école.
–    On n’a qu’à partir ! râla Ron. A quoi cela sert-il de rester ici ?
–    Je pense que tu as raison, Ron, répondit Mrs Weasley. Vous risquez votre vie ici, je ne veux plus que vous restiez dans cette école.
–    Quoi ? s’exclama Ginny. Au contraire, nous devons nous battre, c’est ici que tout se passe, nous ne pouvons pas fuir pour nous mettre en sécurité et laisser les autres mourir !
–    Oui, nous devons rester, ajouta Harry.
–    Si Rogue revient, il risque de prendre des mesures radicales, ajouta le professeur Chourave. La vie sera très dure pour nous, mais je pense aussi que nous devons lutter.
L’après-midi fut longue. Harry ne voyait pas d’autre chose à faire que de rester à l’infirmerie avec les blessés. Ron avait rapidement récupéré de sa blessure, et il put marcher à nouveau.
Aux alentours de dix-huit heures, le Gallion qui lui permettait de communiquer avec Abelforth se mit à chauffer. Ce dernier était rentré et les attendait au Salon du Temps.
Ils quittèrent donc l’infirmerie pour s’y rendre le plus rapidement possible. Harry savait qu’ils devaient partir bientôt dans le Yunnan, et il espérait qu’Abelforth les inviterait à partir dès maintenant. Il avait absolument besoin de vider son esprit et de se relaxer, et c’était bien la seule chose à faire pour y parvenir tant son esprit était embrouillé.
–    Bonsoir, merci d’être venus rapidement, annonça-t-il. Joe m’a tenu au courant de la situation ici. Je sais donc que malheureusement nous ne pouvons plus rien faire pour l’améliorer. Voldemort a fait rapatrier de nombreux Aurors depuis le Gouffre des Clordes pour protéger le ministère il y a de cela quelques minutes, ils ne devraient pas tarder à arriver. Comment vont les blessés ?
–    Tonks est dans un état grave, ils ne savent pas comment la guérir, mais les autres vont plutôt bien, annonça Harry.
–    Je suis navré pour Hagrid, je ne le connaissais pas personnellement, mais je sais qu’Albus l’admirait beaucoup.
–    Il est le premier sorcier que j’ai rencontré, ajouta Harry. On ne le voyait pas souvent ces temps-ci, on aurait dû lui prêter plus d’attention…
–    Ne t’en veux pas, Harry, Hagrid savait à quel point il comptait pour toi, et il savait aussi que tes entraînements te prenaient plus de temps cette année. C’est une dure journée pour nous tous, et un coup terrible pour notre camp, mais nous réagirons fort.
–    Est-ce que nous allons partir dans le Yunnan ? demanda Harry, avec espoir.
–    Non, ce ne sera pas pour maintenant, malheureusement. Je sais à quel point cela vous ferait à tous du bien, mais il y a d’autres priorités. Il s’est passé beaucoup de choses au parc de Stora Sjöfallet ces derniers jours. J’ai appris un certain nombre d’informations sur Regulus et sur ses intentions, et je suis en train de mettre en place un plan pour le faire échouer.
–    Quel genre de plan ? demanda Harry, qui craignait quelque chose d’aussi farfelu que le déclenchement de pluies torrentielles pour inonder le Gouffre des Clordes.
–    Hum, je t’expliquerai, si je te dis maintenant, tu vas trouver cela farfelu, sourit Abelforth, un peu comme s’il avait lu dans ses pensées.
« Alors, reprenons au début. La dernière fois que nous nous sommes vus, je vous disais que j’avais commencé à obtenir des informations de la part de Regulus, principalement en le faisant boire un peu trop d’alcool. Je vous avais expliqué que son ennemi principal était Voldemort et non toi, Harry, et je dois vous dire que cette impression s’est confirmée
« Ensuite, je vous avais parlé de son projet de contrôler les Suédois à Museau Court pour s’en servir comme des armes et des moyens de transport. Le plus difficile était de trouver un lien magique lui permettant de contrôler le dragon aussi naturellement que s’il contrôlait une partie de son corps. Il a donc réussi, je l’ai vu faire des essais, et cela semblait fonctionner parfaitement. Il nous reste à savoir si ses fidèles, les Dragons seront capables de faire la même chose.
–    Il ne devait pas déverser une potion dans une rivière ? demanda Ginny.
–    Oui, c’est ce qu’il fait, cela détruit lentement l’esprit des dragons. Mais c’est très lent, et il est très patient.
–    Alors, quel est ce plan ? demanda Harry, qui trouvait cela bizarre d’être autorisé à poser des questions à propos d’un plan.
–    Hum, nous sommes devenus de bons amis, mais cela ne m’empêche pas de vouloir lui mettre des battons dans les roues. J’ai découvert qu’il y avait d’anciennes mines d’or dans les montagnes du parc. Certaines d’entre elles sont très profondes et plongent dans les entrailles de la Terre.
–    Et alors ? Vous comptez l’enfermer dedans ? demanda Ron.
–    Non, je compte simuler une éruption volcanique pour faire fuir les dragons, répondit Abelforth le plus sérieusement du monde.
–    Quoi ? s’exclama Harry, qui s’était pourtant préparé à quelque chose de la sorte.
–    Oui, il ne serait pas très difficile de faire fondre la roche en grande quantité de manière à provoquer une remontée de magma. Comme des galeries sont percées, il n’aurait pas de mal à atteindre la surface et à s’épancher. Si l’on fait cela en pleine nuit, et que je m’occupe de faire boire un peu trop Regulus et ses camarades, ils ne se rendront compte de rien, et quand ils se réveilleront, il sera trop tard et les dragons se seront dispersés.
–    Mais ils risquent d’attaquer les Moldus ? s’inquiéta Hermione.
–    Effectivement, il faudra trouver une solution pour qu’ils se dirigent vers les plus hautes montagnes plutôt que vers les plaines. Mais il est encore trop tôt pour lancer cette opération, nous devons attendre une bonne semaine si nous voulons faire perdre à Regulus un maximum de temps.
« J’ai aussi pu faire connaissance avec ses Dragons, et ce sont en général des sorciers intelligents. Ils sont peu nombreux, mais je crains qu’ils seront redoutablement efficaces.
–    Et Pétunia ? demanda Harry.
–    J’ai eu la confirmation qu’elle prend du repos au lac Mapam Yumco, chez le Roi-Dragon Kuangcai. Elle est relativement inoffensive pour le moment. Je ne pense pas que ce soit la peine de se rendre sur place. En revanche, je communique régulièrement avec Zhao Huang qui me tient au courant par l’intermédiaire d’un ami.
« Mais en réalité, je pense que le plus dangereux est pour le moment Voldemort. Il a passé beaucoup de temps à renforcer ses pouvoirs ces derniers temps. Harry, j’ai entendu que tu as été amené à le combattre ce matin…
–    Oui… je l’ai senti plus calme, et plus dangereux. Il était impossible de lutter, on a eu un peu de chance de s’en sortir…
–    Sois très prudent si tu es amené à le combattre à nouveau. Le pire danger serait de le sous-estimer. Voldemort est Voldemort, il reste le sorcier le plus dangereux du monde.
–    Comment se fait-il que je rêve à nouveau de lui ? Même Ginny fait ces rêves ! 
–    Joe m’en avait parlé, répondit Abelforth. Il m’est impossible de te donner une explication. Je sais que lui t’as dit que tu prenais le pouvoir sur Voldemort. Je ne sais pas, le lien qui vous unit est unique, et relativement incompréhensible. Le mieux est de te protéger de toutes les intrusions involontaires dans son esprit. Il va falloir que tu deviennes encore plus fort en occlumancie, pour pouvoir te protéger même inconsciemment. Je ferais en sorte de t’introduire à l’occlumancie inconsciente si tu en ressens le besoin, tandis que Severus te fera travailler l’occlumancie d’esprit double avec Ginny. Sinon, il est toujours très important que tu travailles à l’exploration de l’âme de ta baguette magique. Je sais bien que ce n’est pas passionnant, et que tu sembles stagner, mais je peux t’assurer que tout ce travail en vaut vraiment la peine.
–    Oui, je me doute que c’est utile, c’est seulement un peu… étrange.
–    Très bien, je pense que la semaine qui vient sera difficile pour toi, Harry, au niveau des entraînements. Aussi, il faudra que tu prennes soin de bien te reposer ce week-end, mais en attendant, j’ai une petite mission à vous confier. Est-ce que vous acceptez de venir avec moi au parc de Stora Sjöffalet ? Vous ne risquez rien, sinon je ne prendrais pas le risque de vous faire venir.
–    Bien sûr, répondit Harry. Il y en aura pour longtemps ?
–    Je ne pense pas, répondit Abelforth, enthousiaste.  Vous serez de retour ce soir si vous le souhaitez, mais bien sûr, je ne refuserais pas si vous souhaitiez rester plus longtemps avec moi.
« Nous allons emprunter ce Portoloin, je vous donnerai les détails une fois arrivés là-bas.
Abelforth montra une vieille assiette en porcelaine blanche qui était toute fissurée.
–    Il va falloir vous accrocher… un, deux, trois !
Harry ne s’était toujours pas fait à l’horrible sensation d’être attrapé par le nombril que produisait l’utilisation des Portoloins.
Il se retrouva étendu au sol dans une pièce à l’aspect lugubre. Ses amis avaient eux aussi mal vécu leur voyage, et Hermione avait renversé une table de chevet.
En observant la décoration sommaire et les murs en bois, Harry conclut qu’ils se trouvaient dans une petite chambre d’un chalet.
–    Bienvenue dans ma chambre, ou plutôt celle du sorcier du ministère lapon qui est censé protéger les Moldus.
Abelforth agita sa baguette et la porte d’un placard s’ouvrit. Un sorcier était attaché et semblait inanimé, et Hermione eut une réaction horrifiée.
–    Un peu de Polynectar et le tour est joué… bien, parlons de cette mission, asseyez-vous…
Tous les quatre s’assirent sur le bord du vieux lit grinçant d’Abelforth et l’écoutèrent attentivement.
–    J’aimerais en apprendre plus sur ce que sait Regulus des Horcruxes de Voldemort. Cela va être très compliqué même par la légilimancie, et même s’il est en état d’ébriété. Il va absolument falloir que je sois seul avec lui, le problème est qu’il est toujours accompagné de ses Dragons, c’est quelqu’un de plutôt joyeux. Votre mission sera donc de les faire partir de manière à ce que Regulus soit seul avec moi le plus longtemps possible.
–    Et vous pensez qu’il va vraiment dire des choses sur les Horcruxes ?
–    Je ne sais pas, répondit Abelforth, il y a une mince chance de réussir, mais si je m’y prends bien, je pourrais apprendre beaucoup de choses. J’ai concocté quelques potions pour le faire parler…
–    Il les détectera, non ? s’inquiéta Hermione.
–    Pas une fois qu’il aura avalé une dizaine de Whisky Pur-Feu, répondit Abelforth en lui adressant un clin d’œil. Est-ce que vous comprenez votre mission ?
–    Oui, répondirent-ils en cœur.
–    J’ai pensé que cette mission vous amuserait, poursuivit Abelforth. Mais il ne faudra pas vous faire repérer !
–    Comment va-t-on s’y prendre ?
–    Nous allons descendre au rez-de-chaussée, il y a un salon avec un bar, des sorciers y viennent occasionnellement pour boire quelque chose sur leur route, vous pourrez passer pour des voyageurs, il vous faut simplement un peu de Polynectar…
Il sortit trois fioles de sa poche et en tendit une à chacun.
–    Vous allez prendre un léger coup de vieux, sourit Abelforth. Et n’oubliez pas d’en prendre toutes les heures, la soirée risque de durer.
Ils burent chacun  à contre-cœur  une gorgée du Polynectar et leur transformation commença lentement.
Le « léger coup de vieux » d’Abelforth était en fait une bonne cinquantaine d’années, et Harry, Ron et Hermione étaient soudain devenus trois vieux sorciers et sorcière.
–    Amusant, sourit Abelforth.
–    Qui sommes-nous ? demanda Hermione.
–    Trois Moldus à qui j’ai arraché un cheveu pendant une opération ?
–    Une opération ? s’étonna Ron.
–    Je me suis essayé à la chirurgie Moldue en me faisant passer pour un grand professeur dans un hôpital, c’était plutôt drôle. Hum, l’heure à laquelle Regulus va arriver ne devrait pas tarder, vous devriez déjà vous installer en bas !
Ils descendirent le vieil escalier en bois pour rejoindre un petit salon obscur. Le sol, en lattes de bois, était couvert d’une bonne épaisseur de poussière, et les bougies ne l’éclairaient que trop peu.
Harry, Ron et Hermione s’installèrent à la table qu’Abelforth leur indiqua et ce dernier alla s’asseoir derrière le comptoir.
–    Si jamais vous n’avez pas d’idées pour les faire partir, il y a quelques ingrédients qui leur donneront envie d’aller aux toilettes, si vous voyez ce que je veux dire. Ils sont dans la réserve derrière la cuisine, c’est sur le même chemin que pour aller aux toilettes, expliqua-t-il en montrant un petit couloir sombre. N’y allez pas trop souvent quand même !
Abelforth alla s’installer derrière le comptoir, y faisant de la vaisselle, et Harry, Ron et Hermione tentèrent tant bien que mal d’avoir des conversations qui correspondraient à des personnes de leur âge.
Plusieurs fois, Harry repensa aux évènements tragiques de la journée, à la mort de Hagrid. Mais il s’efforça de mettre cela de côté et de ne penser qu’à la mission qu’Abelforth leur avait conférée. Il avait un peu d’appréhension. Pour lui, cette journée était celle des catastrophes, et il espérait que cette mission n’en amènerait pas une de plus.
Les portes du bar ne tardèrent pas à s’ouvrir, et Harry sentit le froid polaire s’engouffrer. Cinq hommes à la carrure massive y entrèrent. Ils avaient tous les traits durs, des yeux noirs perçants, et ils dégageaient une impression d’intelligence et de puissance.
Enfin, Harry reconnut immédiatement le visage de Regulus Black, qui fut le dernier à entrer.
Son visage était pâle, sa peau composée de fines écailles, et sa tête relativement aplatie. Une sorte de crête était même apparue entre deux touffes de cheveux noirs lisses qui partaient de chaque côté.
Harry reconnut immédiatement la ressemblance avec un dragon, et tel Voldemort qui avait perdu presque toute son humanité, Regulus s’était engagé sur la même voie.
 


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