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Abelforth avait rejoint l’appartement dans la salle commune de Gryffondor. Il était penché sur Harry, l’air très inquiet.
– Je crois que le rêve est terminé, annonça-t-il. Harry, si tu m’entends, il faut que tu fasses l’effort de vider ton esprit.
Harry était complètement choqué, il n’avait jamais fait un cauchemar aussi long. Il semblait en fait qu’il avait duré toute la nuit. Ses pensées étaient totalement embrouillées, mais en même temps, la douleur dans sa cicatrice était tellement lancinante qu’il avait l’impression de planer totalement et que son esprit était vide.
Il s’efforça quand même de suivre les consignes d’Abelforth. Il ne voulait surtout pas que le cauchemar reprît et que Voldemort agressât à nouveau son esprit.
Après un énorme effort sur lui-même, il parvint à chasser de son esprit toutes les pensées en rapport avec l’horrible journée de la veille.
– Pourquoi est-ce que Voldemort peut m’atteindre à ce point-là ? se lamenta-t-il.
– Tes défenses étaient affaiblies quand tu t’es endormi, répondit Abelforth avec une voix douce. Il l’a bien compris et en a profité. L’occlumancie inconsciente t’aidera à faire en sorte que même lorsque tu es affaibli, tes protections soient quand même efficaces.
– Quand est-ce que je vais commencer les leçons ?
– Dès ce week-end, répondit Abelforth, je ne sais pas si tu auras la force de t’entraîner aujourd’hui, et je te recommande une journée de repos, mais j’ai réservé notre journée de demain. Nous commencerons aussi les leçons d’occlumancie d’esprit double, je pense que ça vous tient à cœur.
Harry se tourna vers Ginny. Elle semblait aussi choquée que lui, et visiblement, elle avait dû faire des cauchemars similaires aux siens.
– Comment vont Tonks et le professeur Tanghudaï ? demanda Harry.
– Nous n’avons pas eu de nouvelles pour le moment, Harry, répondit Abelforth. Je sais que le château est à nouveau sous le contrôle total de Severus et des Mangemorts et qu’il a été particulièrement difficile pour moi de parvenir jusqu’ici de si bon matin.
– Quelle heure est-il ?
– Sept heures et des poussières, répondit Abelforth. Ron et Hermione sont venus me chercher car cela fait des heures que tu t’agites sans qu’ils ne puissent te tirer de ton sommeil.
Harry regarda par la fenêtre, il semblait avoir encore neigé cette nuit, et les premières lueurs du jour étaient apparues dans le ciel, éclairant légèrement le parc.
– On pourrait aller faire un tour à l’infirmerie, proposa Hermione. Ce n’est pas très loin d’ici, et avec la Carte du Maraudeur, on peut la rejoindre sans trop de risques.
Les Mangemorts et les Aurors ne patrouillaient pas dans cette partie du château. D’après la Carte du Maraudeur, actualisée depuis la veille selon les nouveautés du château, ils étaient principalement localisés dans les bâtiments du ministère et dans les étages les plus bas du château.
Ils rejoignirent donc l’infirmerie sans encombre. Ses grandes portes de chêne semblaient verrouillées de l’intérieur par la magie, et ils attendirent longtemps avant qu’on leur ouvre.
– Ah, vous voilà, nous nous sommes cloîtrés ici car les Mangemorts ont tenté de nous attaquer, annonça Lupin en les laissant entrer.
– Comment va Tonks ? Et le professeur Tanghudaï ?
– Tonks va bien, ils ne l’ont pas encore ranimée, mais ils ont trouvé le maléfice qui l’avait affectée, et son état est en cours d’amélioration. Ils attendent qu’elle soit en pleine forme pour la sortir de sa paralysie pour éviter toute séquelle. Mais nous sommes inquiets pour le professeur Tanghudaï, nous n’avons pu le laisser là où il était à cause des Mangemorts qui nous ont attaqués. Nous avons dû le transporter en toute urgence par balai, et son état s’est sérieusement aggravé, nous ne savons pas s’il va s’en sortir malgré tous les soins qu’on lui procure.
Il montra un lit isolé au fond de l’infirmerie, autour duquel s’affairaient une quinzaine de Guérisseurs.
– Et les autres ? demanda Harry en montrant les dizaines d’autres sorciers qui étaient allongés dans les lits de l’infirmerie.
– Dans l’ensemble, leurs blessures ne sont pas graves, ils vont tous s’en sortir. Nous n’avons qu’un problème avec un Auror qui s’était retourné contre les Mangemorts. Il a été affecté par un maléfice Doloris et il semble avoir perdu la mémoire ; cela semble malheureusement irrémédiable.
– Harry et Ginny vont avoir besoin d’un peu de repos, intervint Abelforth, ils ont été choqués après plusieurs cauchemars en lien avec Voldemort. Poppy, il serait souhaitable que vous les plongiez dans un sommeil profond.
– Bien sûr ! répondit-elle, l’air surmenée. Installez-vous ici.
Elle les mena vers deux lits voisins vides et revint quelques instants après avec plusieurs flacons.
– Harry, je ne saurais dire combien de fois j’ai dû vous administrer cette potion depuis votre arrivée à Poudlard… Allez, allongez-vous, et vous dormirez jusqu’à ce que vous ayez retrouvé toutes vos forces…
Harry ne se réveilla pas avant le lendemain matin. Le soleil était radieux et il devait bien être midi. Le parc était toujours enneigé et la vue sur les collines blanches était sublime.
Il se redressa dans son lit et fut heureux de voir qu’il se sentait parfaitement bien. Mme Pomfresh faisait des miracles. Il s’efforça de garder son esprit vide de toute mauvaise pensée, pour savourer un peu plus l’instant.
Dans le lit voisin, Ginny dormait toujours, et à son visage détendu, son sommeil semblait être des plus paisibles.
– Harry, bonjour ! s’exclama Mme Pomfresh en le voyant assis dans son lit. Tout va bien ?
– Oui, merci, tout va très bien. Et le professeur Tanghudaï ?
– Je suis très inquiète, son état ne s’est pas aggravé depuis hier, mais il n’y a pas eu la moindre amélioration. Le problème est que nous ne pouvons pour l’instant pas réparer sa colonne vertébrale sans que son état n’empire, et s’il s’en sort, les séquelles pourraient être irréversibles.
« En attendant, prenez votre petit-déjeuner, je vais m’occuper de prévenir vos amis de votre réveil.
Dobby apparut quelques instants plus tard avec un plateau couvert de sucreries et de boissons réconfortantes. Harry avait extraordinairement faim et il dévora son petit-déjeuner avec un appétit digne de Ron.
Quelques minutes plus tard, Abelforth apparut, accompagné de Ron et Hermione. Ginny se réveilla aussi à cause du bruit.
– Harry, tu as l’air en pleine forme, ça fait plaisir de te voir comme ça, sourit Hermione.
– Oui, je me suis bien reposé, quelles sont les nouvelles ?
– La situation s’est un peu calmée, mais tout est comme avant, Rogue est de retour à l’école, il a fait un discours hier soir pour annoncer des mesures de sévérité extrême à l’encontre des élèves qui ne respecteraient pas son autorité. Les obsèques de Hagrid sont annulées, le professeur Chourave attendait que toi et Ginny soyez sortis de l’infirmerie pour procéder à un enterrement discret avec ses proches.
« Il va falloir aussi s’occuper de Graup et Crockdur qui sont inconsolables. Abelforth a accepté de s’en occuper, il connaît bien les créatures magiques et saura leur remonter le moral. On a dû discuter avec Graup toute l’après-midi hier, et il n’a cessé de pleurer.
« Malheureusement, le professeur Chourave et le professeur Fitz sont mis à l’épreuve. On a pu discuter rapidement avec Rogue, dit-elle en baissant la voix à un niveau presque inaudible. Voldemort lui a ordonné de les torturer, il ne sait pas comment s’y prendre et sa position va finir par être en danger s’il ne commet pas des actes abominables pour lui prouver son allégeance.
Abelforth ne semblait pas très à l’aise à l’idée d’avoir une telle conversation dans l’infirmerie, mais il répondit en murmurant.
– Ce serait évidemment une catastrophe si Voldemort devait commencer à douter de lui. Severus sera essentiel si nous voulons obtenir rapidement des informations sur vous-savez-quoi. Il va falloir que vous vous mettiez d’accord avec lui pour qu’il simule votre torture et que vous menaciez explicitement de quitter l’école. C’est le seul moyen pour que Voldemort accepte qu’il vous laisse tranquille.
– A part ça, le ministère de la Magie semble s’être rapidement réorganisé, et plusieurs Aurors récalcitrants ont été enfermés dans les geôles du ministère, ajouta Hermione.
– Il va sûrement falloir mener une autre mission là-bas pour les libérer.
Harry soupira, cet endroit l’avait probablement traumatisé à vie.
– Bien, Harry, je pense qu’il est temps de commencer notre première leçon d’occlumancie inconsciente. Est-ce que tu te souviens de nos précédents cours d’occlumancie classique ?
– Oui, je m’en souviens très bien, j’ai eu beaucoup l’occasion de m’en servir, alors je n’ai pas oublié.
– Très bien. Ginny, Ron et Hermione, je vous recommande d’écouter vous aussi avec attention ce que je vais raconter.
« L’occlumancie est un domaine de la magie qui consiste à se protéger contre les attaques extérieures de son esprit. L’un des points essentiels de cette lutte est la détermination du sorcier. On ne peut pratiquer efficacement l’occlumancie sans avoir une très forte détermination. Il faut aussi beaucoup de concentration, et les pensées et les souvenirs la perturbent. C’est pourquoi il est beaucoup plus aisé de pratiquer l’occlumancie lorsque son esprit est vidé de toutes ces pensées.
« Vider son esprit, c’est aussi une façon de le fermer, car ainsi, le sorcier qui tente d’y entrer n’aura aucune pensée à laquelle s’accrocher, et il évoluera à découvert. Mieux les pensées sont cachées, plus l’attaque sera difficile.
« Je vous ai appris, et en particulier à toi, Harry, comment vider son esprit, le chant du Phénix est la façon la plus efficace, mais on peut aussi le faire par soi-même. C’est quelque chose de compliqué, et le fait d’être sorcier primaire aide beaucoup. Harry, par exemple, avec l’expérience, tu es maintenant capable de le faire en très peu de temps, tout en combattant.
« Mais lorsque tu le fais, tu es conscient, et tu le fais par ta propre volonté. Le but de l’occlumancie inconsciente est justement de faire en sorte que ton esprit se protège lui-même face à une agression. C’est-à-dire que tu n’ais plus besoin de faire d’efforts pour cacher tes pensées.
« Il y a plusieurs formes de protections d’occlumancie inconsciente, et c’est un art très obscur qui fait principalement appel à l’imagination.
« La première forme de protection que je vais t’enseigner est la protection de l’esprit élastique. Elle consiste à faire en sorte que dès qu’une pensée est mobilisée par ton esprit, elle soit immédiatement rappelée et amenée à rejoindre les autres pensées que tu avais isolées et cachées lorsque tu avais fermé ton esprit.
« La deuxième forme de protection est la protection de l’esprit mobile. Lors d’une intrusion, tes pensées deviennent fuyantes, il est alors très difficile de les approcher. C’est cependant une forme d’occlumancie bien plus épuisante pour ton esprit.
« Il existe encore plusieurs autres formes d’occumancie inconsciente, qui consistent à rendre ses pensées transparentes, ou à les déguiser de façon à ce qu’elles aient l’air insignifiantes, mais qui sont beaucoup plus difficiles. C’est pourquoi tu apprendras dans un premier temps seulement les deux premières formes, en espérant que cela soit suffisant pour contrer les agressions de Voldemort.
« La protection de l’esprit élastique fait évidemment beaucoup appel à ton imagination. Si tu devais représenter tes pensées par les filaments que tu places dans une Pensine, alors il faut faire en sorte qu’ils soient tous compactés solidement au point que si l’agresseur veut s’emparer de l’un d’eux, il soit retenu par les autres.
« Dans la réalité, ton esprit ne fonctionne pas comme cela, mais chez les sorciers, l’imagination et la magie sont intimement liées et permettent de l’affecter avec une finesse hallucinante.
« Nous allons passer à la pratique. Il va falloir préalablement vider ton esprit. C’est la base de toute forme d’occlumancie. En réalité, l’occlumancie inconsciente est plutôt une occlumancie d’anticipation, car elle demande un travail permanent de protection de ton esprit. Je te demande donc de vider ton esprit avec soin.
Harry s’employa et il rangea parfaitement ses pensées de manière à faire le vide le plus total dans la partie consciente de son esprit.
– Très bien, maintenant, il ne faut pas seulement que tes pensées soient rangées, il faut qu’elles soient solidement liées. Utilise l’image des filaments !
Harry eut beaucoup de mal à comprendre où Abelforth voulait en venir : lorsqu’il imagina que ses pensées avaient la forme de filaments, un fouillis indescriptible s’installa dans son esprit, et il dut le ranger à nouveau.
Après plusieurs essais, il eut l’impression d’avoir réussi ce qu’Abelforth lui demandait : ses pensées avaient l’air rangées et mêlées en même temps.
– On va voir ce que cela donne. Tu vas essayer de ne penser à rien, comme si tu dormais, pendant que je vais t’attaquer, expliqua Abelforth.
L’essai fut concluant, Abelforth avait eu des difficultés à consulter les pensées de Harry. Il lui demanda cependant d’essayer de les emmêler encore mieux, de manière à ce que les intrusions soient encore plus difficiles.
Mais ce travail était bien plus épuisant qu’il n’en avait l’air, et lors du dernier essai, le résultat fut plutôt catastrophique.
– Je crois qu’il est temps d’arrêter là cet exercice. C’était plutôt bien pour un premier essai, mais je pense que tu peux faire encore mieux. Je pense que si Voldemort doit passer dix minutes à percer tes défenses, il prendra le temps de les prendre, car le résultat en vaudra la peine pour lui.
« Tout est une question d’emmêler le plus finement possible tes pensées avant de dormir, tu peux t’entraîner toi-même tout seul. Mais n’oublie pas le matin de les démêler soigneusement, sinon le simple fait de penser risque d’être assez fatigant. Fumseck peut t’aider à les démêler assez facilement, tu n’auras qu’à lui demander !
– Je suis désolée mais je vais vous demander de quitter l’infirmerie, intervint Mme Pomfresh, qui s’était rapprochée. Tout le monde a besoin de calme ici.
– Oui, nous partons, Poppy, à bientôt, répondit poliment Abelforth. Je vous raccompagne à votre appartement ?
– Si vous voulez ! répondit Harry.
Lorsqu’ils quittèrent l’infirmerie, deux Aurors les attendaient devant la porte.
– Ah, il est vrai que je ne suis pas censé être ici, dit Abelforth, prenant un air désolé.
– Nous allons devoir vous emmener ! répondit le plus petit des deux Aurors, âgé d’une cinquantaine d’années, et à la longue barbe rousse.
– C’est une bonne blague ! s’esclaffa Abelforth. Pourquoi est-ce que vous obéissez aux ordres de ce ministère stupide ?
Les deux Aurors se regardèrent et ne répondirent pas.
– Ce n’est pas votre problème !
Le deuxième Auror esquissa un léger mouvement avec sa baguette, ce qui déclencha la réaction d’Abelforth.
Ils se retrouvèrent tous les deux suspendus dans les airs au milieu du large couloir, lançant des sorts dangereusement dans toutes les directions.
C’est alors que Nick Quasi-Sans-Tête apparut à travers un mur.
– Quelque chose ne tourne pas rond dans ce château en ce moment, se lamenta-t-il.
Abelforth paralysa les deux Aurors avec un sort inconnu et récupéra leur baguette avant de les suspendre par leur robe à des lampes torches sur les murs du couloir.
– Ce n’est pas très bon si le ministère commence à s’emparer de cette partie du château. Il va falloir faire quelque chose pour se l’approprier, annonça Abelforth. Ce n’est à la fois pas très loin de votre salle commune et des appartements de Molly et Arthur. Il y a en plus une belle vue sur la Cabane Hurlante, et c’est bien le seul endroit du château d’où l’on peut la voir.
– La Cabane Hurlante ? demanda Nick. Qui peut bien vouloir avoir vue sur cet endroit ?
– Ah Nick, vous tombez bien, avez-vous entendu parler de passages secrets qui mèneraient à cette zone du château et qui pourraient mener sur l’extérieur ?
– Il y en a un dans l’infirmerie ! répondit le fantôme. L’ancienne infirmière du château l’utilisait fréquemment, et il passe dans l’un des endroits où j’aimais aller pour être tranquille.
– Et il mène où ?
– Je ne sais pas, je sais que Violetta l’utilisait pour aller ramasser des champignons, il doit certainement mener à l’extérieur.
– Poppy risque de râler mais il faut y retourner ! Merci Nick.
– De rien, répondit le fantôme en haussant les épaules.
Mme Pomfresh parut surprise de les voir revenir si vite.
– Qu’est-ce qu’il y a encore ? demanda-t-elle, tout en agitant une potion destinée à apaiser les douleurs d’un Auror.
– Nous n’allons pas vous occuper longtemps, je suis à la recherche d’un passage secret qui mène de l’infirmerie à l’extérieur du château. Violetta l’utilisait pour aller cueillir des champignons. C’est important pour l’Ordre du Phénix de découvrir ce passage.
– Je ne l’ai jamais emprunté mais je sais qu’il part de la bibliothèque de l’infirmerie. Si vous voulez y jeter un œil, allez-y, mais je ne peux pas venir avec vous.
– Merci, Poppy, nous allons y faire un tour.
– Faites attention, il parait que le passage s’est en partie effondré. C’est pour cela que Violetta ne l’utilisait plus à la fin.
Abelforth leur fit signe de le suivre, manifestement il connaissait déjà la bibliothèque de l’infirmerie.
Ils passèrent sous l’arche qui menait au bureau de Mme Pomfresh. Sur la droite, il y avait un escalier qui descendait et qui menait à une grande pièce faiblement éclairée par quelques fenêtres étroites percées dans l’épaisse muraille.
La salle était immense et parsemée d’épais piliers en pierre qui obturaient la vue.
Le fond était occupé par une sombre bibliothèque où étaient entreposés en désordre des livres de médecine poussiéreux. Abelforth alluma plusieurs torches.
– Vous êtes déjà venu ici ? demanda Ron.
– Oui, à l’époque où Albus sortait avec la sœur de Poppy. C’était il y a très longtemps, lorsqu’il était professeur de métamorphoses.
Tous les quatre parurent étonnés.
– Vous seriez surpris si je vous disais tout ce que je sais d’Albus, et surtout, la liste de ses conquêtes.
– On veut savoir ! s’exclama Ron.
– Pas maintenant, répondit Abelforth avec un sourire malin. Nous avons du travail, mais une autre fois avec plaisir. Harry, je ne suis pas sûr que tu saurais détecter le passage secret. Il faut beaucoup de finesse dans la reconnaissance des rayonnements, et je pense que tu n’en es pas encore à ce niveau, mais je te conseille tout de même d’essayer.
Abelforth commença à examiner les parois de la bibliothèque pour y déceler une anomalie dans les rayonnements magiques.
– Au moins un nom ! demanda Ron, qui n’était pas décidé à lâcher l’affaire.
– Pas maintenant, Ronald.
– McGonagall ? insista Ron.
Abelforth ne répondit pas mais tous purent le voir sourire légèrement malgré la pénombre.
– Ils se sont vus tous les week-end pendant une année ou deux et puis un fantôme les a surpris et beaucoup de rumeurs ont circulé dans l’école. Cela avait particulièrement refroidi Minerva et ils avaient mis fin à leur relation. C’est alors qu’Albus a rencontré Rosmerta et…
– Rosmerta !
– Vous m’avez bien eu, je ne dirai plus rien désormais.
Harry resta stupéfait un instant. Qu’apprendrait-il encore sur Albus Dumbledore ?
Abelforth s’était rapidement replongé dans l’exploration de la salle à la recherche du passage secret, visiblement peu perturbé par la discussion.
– Y’a-t-il quelque chose sur la Carte du Maraudeur ?
Harry déplia la Carte. La salle était relativement mal représentée. La bibliothèque était bien présente, mais il n’y avait aucune trace d’un passage secret.
– Ils ont dû passer tellement de temps à cartographier le château. Ils étaient même venus ici, cela veut dire ? demanda Harry.
– Pas forcément, répondit Abelforth, il existe des enchantements qui permettent de cartographier ce qu’une personne voit. Ils ont dû l’appliquer à Mme Pomfresh et lorsqu’elle est descendue dans cette pièce, elle est apparue sur la Carte. Evidemment, cette méthode est bien moins précise que d’y venir par soi-même ! Ah, je crois qu’il y a quelque chose !
Abelforth mit sa main sur une pierre qui ne se distinguait pas des autres.
– Il y a comme une anomalie ici… le rayonnement frissonnant me semble bien anormal ! Un peu trop opaque à mon goût…
Harry eut l’impression que la pierre avait disparu une fraction de seconde. Mais non, elle était bel et bien là.
– Vous avez appris en cours de métamorphoses qu’il est possible de modifier les murs. La présence d’un passage secret rend cela beaucoup plus difficile. Cela vous fournit une bonne méthode pour les détecter. Dobby, je vais avoir besoin de ton aide…
– Avec plaisir, répondit l’elfe, s’approchant du mur.
Harry avait déjà vu quelques jours plus tôt Dobby faire exploser la muraille du donjon de l’aile Sud pour y ouvrir une brèche et il préféra se mettre un peu à l’écart.
Il n’eut pas tort, plusieurs pierres explosèrent violemment dans un nuage de poussière et Hermione poussa un petit hurlement.
– Efficace, admit Abelforth. Il m’aurait bien fallu un quart d’heure pour en arriver là sans ton aide, je resterai toujours admiratif de la magie des elfes…
Il agita sa baguette en direction du mur et ajouta :
– Il va falloir choisir un nouveau mot de passe… disons Serpentule si cela vous convient.
– Serpentule ? demadna Ginny. Ca a une logique ?
– Ce sont simplement des plantes que je compte élever. Il s’agit d’un croisement entre plusieurs espèces que j’ai inventé et qui s’avère être particulièrement intéressant.
– C’est légal ? demanda Harry.
– Cela fait longtemps que j’ai arrêté de me poser ce genre de questions ! répondit-il avec un clin d’œil.
Les pierres s’étaient lentement ressoudées comme si le mur n’avait subi aucun dommage.
– Serpentule ! susurra Abelforth.
Les pierres se retirèrent les unes après les autres, laissant apparaître un étroit tunnel. Un escalier en colimaçon les mena à une sorte de terrasse envahie de plantes sauvages et à l’aspect inoffensif.
– Il semblerait que personne n’est venu ici depuis fort longtemps !
La terrasse donnait une vue imprenable sur l’ensemble du château. Une trentaine de mètres plus bas, il y avait une petite cour à l’abandon, limitée par une aile dont le toit semblé avoir été arraché violemment il y a très longtemps à en juger par les arbres qui y avaient poussé.
Un peu plus loin, il y avait une grande tour que Harry n’avait jamais remarquée auparavant.
– La sortie est par là ! annonça Abelforth en montrant une sorte de passerelle métallique accrochée à la grande paroi, qui semblait descendre jusqu’à la cour en contrebas.
Le passage était très vieux et la passerelle complètement rongée par la rouille. Ils manquèrent même de tomber quand un morceau de fer se transperça sous leur poids.
– On va réparer tout ça, annonça Abelforth en sortant brusquement sa baguette.
La passerelle redevint comme neuve en un instant, dans un scintillement argenté.
Le chemin faisait de nombreux détours et semblait même s’éloigner de l’extérieur du château. Ils débouchèrent sur une coursive à l’abandon dont le plafond s’était en partie écroulé, rendant le passage impossible.
– Wingardium leviosa ! sifflota Abelforth en exécutant le geste parfait dans un mouvement souple du poignet.
Un gros bloc de plafond effondré se mit à léviter. On entendit alors un sifflement perçant venir des décombres.
– Qu’est-ce que c’était ? demanda Ron, qui s’était reculé de deux pas.
– Restez à l’écart, murmura Abelforth. Et sortez vos baguettes.
L’ordre avait été inutile, tous les quatre avaient déjà dégainé leur baguette. Une créature énorme semblait tapie dans les blocs, mais on ne pouvait distinguer que sa forme dans la pénombre.
Abelforth maintenait toujours le bloc en lévitation et celui-ci oscilla dangereusement avant de se stabiliser à nouveau.
– La légère déconcentration du moment où tu dédoubles ta concentration, murmura Abelforth à Harry. Un moment où il faut toujours être très vigilant…
La créature émit un nouveau sifflement et elle s’approcha légèrement. On aperçut son museau rencontrer un faisceau de lumière qui provenait du trou dans le toit. Il était fait d’écailles vert émeraude, et présentait de grosses narines à la manière d’un dragon.
– Je crois savoir à quoi nous avons affaire là.
– Un dragon ? demanda Ron.
– Non, non, répondit Abelforth. Mais cette bête est presque aussi dangereuse si on ne connaît pas son point faible bien sûr. En l’occurrence la lumière.
– Ah, c’est un Lézard des Ombres ? demanda Hermione.
– Exact.
– Dans ce cas, Luminus stellar !
Le Lézard s’entoura d’un intense halo de lumière et ils purent l’observer plus attentivement. Sa peau était d’un vert émeraude brillant magnifique. Ses yeux d’un rouge intense et ses quatre pattes robustes, terminées par des griffes acérées. Sa queue faisait bien cinq mètres de long et était terminée par deux sortes de cornes.
La lumière sembla le rendre fou et il poussa un grognement sourd avant de s’enfuir pour aller s’abriter dans une grange voisine où il continua de grogner jusqu’à ce que l’enchantement ne cesse.
– Qu’est-ce qu’il faisait là ? demanda Ginny.
– Oh, rien de bien méchant, ces Lézards dorment toute la journée. C’est Hagrid qui les avait introduits par erreur dans le château mais je les croyais disparus depuis longtemps.
Abelforth déblaya le passage en déplaçant un à un les autres blocs.
– Il n’y en a pas d’autre caché là-dessous, c’est sûr ? demanda Ron, toujours pas rassuré.
– Non, ils sont très solitaires, chaque individu a son territoire et aucun autre Lézard ne s’avisera de s’y aventurer. En tous cas, cela me donne des idées, je vais voir si je peux en capturer quelques uns. Ils pourraient nous être utiles si nous devons envahir le Gouffre des Clordes un jour.
Le passage empruntait ensuite un tunnel sombre et sinueux qui semblait s’enfoncer vers les profondeurs du château.
Ils rencontrèrent finalement une porte métallique lourde située une dizaine de mètres au-dessus du sol dans la muraille du château.
– On va descendre comment, maintenant ? demanda Ron.
– C’est très simple…
Abelforth attrapa quelque chose dans les airs devant eux et un balai se matérialisa dans ses mains.
– Dément ! s’exclama Ron.
– En tous cas je dois dire que l’entrée du passage secret est bien placée, poursuivit Abelforth en scrutant les alentours. Nous sommes au plus près de la Cabane Hurlante, et pas si loin que cela du Saule Cogneur. En cas d’attaque, nous aurons le choix de rejoindre l’une ou l’autre des entrées. Je vais juste vérifier que l’on peut emprunter le passage dans l’autre sens également. Attendez-moi là !
Abelforth s’en alla sur le balai et referma la porte. Il revint même pas une minute plus tard avec un sourire.
– Eh bien il nous suffit d’appeler le balai de l’extérieur et le mot de passe est le même. Les deux entrées du passage sont liées par un enchantement ! C’est une très bonne nouvelle pour nous, et savourons-la tant elles se font rares en ce moment. Cela facilitera les opérations de l’Ordre du Phénix et je pense qu’il faut que l’on fasse une réunion exceptionnelle un de ces jours pour faire un point sur la situation.
Harry resta surpris par cette proposition : depuis quand Abelforth planifiait-il les réunions de l’Ordre du Phénix ?
– Vous comptez participer à nouveau à l’Ordre ? demanda Harry, se disant qu’il leur serait forcément d’une grande aide.
– Pas vraiment, mais un petit coup de main de temps à autres, entre mes missions du moment, ne ferait pas de mal. J’enverrai un hibou à Remus pour en discuter. En attendant, puisque je n’ai rien à faire dans l’immédiat, je pense qu’il n’est pas inutile que je vienne vous aider dans vos recherches sur la Clef de la Paix.
Harry accueillit cette nouvelle avec enthousiasme, il s’imaginait qu’Abelforth connaissait mieux que quiconque Albus et qu’il trouverait dans les livres de son frère toutes les informations dont ils avaient besoin.
Mais il ne se montra pas d’une grande aide. Pendant que Harry, Ron, Hermione et Ginny avaient fouillé scrupuleusement les livres, suivant leur méthode habituelle, Abelforth s’était contenté de bouquiner sans même faire attention aux livres qu’il regardait. Plusieurs fois, il était même parti seul dans des fous rires dont personne n’aurait pu comprendre la cause.
A la fin de leurs recherches, il s’était contenté d’un simple :
– Eh bien, il ne semble pas y avoir grand-chose d’intéressant là-dedans, malheureusement.
Mais, constatant leur air déçu, il ajouta :
– Je vais tout de même vous donner quelques pistes pour avancer dans les recherches, parce que je risque ensuite de m’absenter pendant quelques temps, et qu’il faut que vous progressiez. J’ai peur que même tous ces livres ne contiennent aucune information directe sur la Clef de la Paix. S’il y a des informations, je pense qu’elles seront cachées, ou que la Clef de la Paix ne sera évoquée qu’implicitement, ou sous un autre terme. Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas continuer d’éplucher attentivement tous ces livres. Je sais que c’est un travail fastidieux, mais il va falloir le poursuivre. Vos amis Luna et Neville seront, j’en suis sûr, très motivés pour vous aider.
« J’ai de bonnes raisons de penser que la Clef de la Paix, s’il s’agit bien d’un objet réel, est très ancienne, et qu’elle a été créée aux alentours de la fondation de Poudlard, c’est-à-dire il y a près de mille ans. Il va certainement falloir axer vos recherches sur les livres qui traitent de la fondation de notre communauté, et faire attention au fait que la langue a évolué depuis, et que beaucoup de textes sont issus de traductions successives en diverses langues. Hermione, tu dois très bien le savoir, la plus grande partie de notre littérature a été conservée par les Gobelins, qui ont traduit les textes en Runes. C’est un langage bien plus imagé que le nôtre, et lorsque ces textes ont à nouveau été traduits en anglais, il se peut que certaines images ou symboles aient été perdus. La Clef de la Paix n’est donc peut-être pas un objet, mais simplement une image, une légende ou une allégorie, et les choses peuvent s’avérer bien plus compliquées que ce que vous pensez.
« Il va donc falloir vous plonger dans tout ce qui peut, d’une façon ou d’une autre, traiter de la paix dans la communauté magique à ses débuts, et peut-être même dans le monde entier. Je suis quasiment certain que si la Clef de la Paix était plus récente, il y en aurait des traces explicites, même rares, dans la littérature actuelle.
– Je vois très bien ce que vous voulez dire, répondit Hermione. C’est un défi énorme mais qui m’a l’air passionnant !
– Heureusement que tu es là, Hermione, répondit Ron. Je ne me verrais pas apprendre les Runes et essayer de discuter avec ces harpies de Gobelins.
– Ronald, même s’ils peuvent paraître désagréables et que je ne suis pas très sûr de ce qu’ils font avec notre argent, les sorciers leurs doivent beaucoup et je pense qu’ils valent mieux que des harpies, répondit Abelforth en lui lançant un regard perçant à travers ses lunettes en étoile.
Il y eut un silence et de la fumée s’échappa soudain de sa poche.
– Ah, je devrais réparer ce faux Gallion, je vais finir par prendre feu un de ces jours. Je vais devoir y aller ! Je vous fais confiance pour continuer les recherches et pour ne pas vous mettre trop en danger à Poudlard. Severus sera intransigeant et vous pouvez le comprendre. Entraînez-vous bien surtout, c’est très important, et notamment en occlumancie. J’essaierai de vous donner des nouvelles dans la semaine mais ce n’est pas gagné…
– Vous partez où ? demanda Harry.
– A Durmstrang, je dois m’y faire une place avant même que Regulus y mette les pieds. Même si en ce moment je pense qu’il est primordial de se concentrer sur les Horcruxes de Voldemort, il me semble urgent de mettre un frein à la progression de Regulus. Si tout se passe bien, le week-end prochain, nous pourrons retourner dans le Yunnan ! Bon courage !
Abelforth disparut par le passage qui menait à la Salle Albus Dumbledore et au Portoloin vers chez lui.
Hermione avait été très inspirée par les conseils d’Abelforth dans la recherche de la Clef de la Paix, et elle les avait convaincus de rester un peu plus, jusqu’à l’heure du repas.
Harry n’avait pas assisté à un repas dans la Grande Salle depuis deux jours et il avait presque oublié à quel point l’ambiance était morose dans le château. Personne n’osait parler à haute voix de peur d’être sanctionné et la B.D. circulait dans les rangs pour maintenir le silence.
– Vous pensez que Rogue va parler ? chuchota Ron.
– Pour dire quoi ? demanda Ginny sur un ton involontairement un peu agressif.
Ron ne répondit pas, la situation avec Ginny n’était visiblement toujours pas arrangée.
– Qu’est-ce que vous voulez qu’il dise de plus qu’hier ? demanda Neville.
– Il a dit quoi ? demanda Harry. J’étais à l’infirmerie, j’ai tout raté !
– Il a annoncé toutes les punitions que l’on risquait en fonction de nos infractions au règlement. En gros, il a passé un quart d’heure à nous dire qu’il avait le droit de nous torturer et qu’il se ferait un plaisir de le faire.
A la fin du repas, un hibou vint se poser à côté de Harry et lui tendit une lettre.
– Qu’est-ce que c’est ? aboya Pansy Parkinson.
– Je n’ai plus le droit de recevoir du courrier, maintenant ? demanda Harry.
– Miss Parkinson ! appela la voix de Rogue.
Pansy se retourna vers le directeur qui avançait vers eux, effrayant au passage les élèves qui pourtant ne faisaient que regagner leur salle commune en vertu du couvre-feu.
– Miss Parkinson ! répéta-t-il, on me signale que les esprits frappeurs sont en train de saccager une salle de classe du quatrième étage, pourriez-vous vous en occuper ? Vous les trouverez facilement au vu du vacarme qu’ils font.
– Bien sûr ! répondit-elle en masquant mal sa frustration. Crabbe et Goyle ! Dépêchez-vous de me suivre !
Rogue regarda Harry droit dans les yeux avant de s’en aller en lançant un regard assassin à un première année de Gryffondor qui avait eu le malheur de rigoler trop fort.
– Un point de moins ! grinça-t-il.
Harry déplia sa lettre et il reconnut tout de suite l’écriture de Rogue.
Pas d’entraînement ce soir, je suis trop occupé. Demain, rendez-vous à 17 h 30 pour la dualomancie. Puis Miss Weasley seule à 20 h pour les bases de l’occlumancie et enfin tous les deux à 23 h 30 pour de l’occlumancie d’esprit double. Dans mon bureau et soyez discrets !
A peine Harry eut-il terminé la lecture, la lettre s’enflamma, et il annonça à ses amis le programme.
– Ca devient sérieux, c’est bien, se réjouit Hermione. Ron, pendant ce temps-là on pourra continuer les recherches sur la Clef de la Paix !
– Je préfèrerais encore une retenue avec Rogue, marmonna-t-il sans que Hermione ne l’entende.
Ils passèrent leur soirée dans leur appartement et Harry s’ennuya beaucoup. Hermione, même si elle avait déjà terminé tous ses devoirs, avait encore réussi à trouver du temps pour réviser, tandis que Ginny et Ron étaient eux très en retard pour leurs devoirs de la semaine.
Harry en profita pour s’entraîner à l’occlumancie inconsciente. Comme Abelforth le lui avait demandé, il vida son esprit et fit en sorte d’emmêler ses pensées le plus finement possible avant de s’endormir. Il n’était pas persuadé que le résultat serait bon, mais il fallait bien essayer.
Il eut beaucoup de mal à trouver le sommeil ce soir-là, alors que Ginny s’était endormie en quelques minutes, assommée par tout le travail qu’elle avait dû faire en un soir.
Il ne cessa de repenser aux évènements de ces derniers jours, et en particulier à la mort de Hagrid, à la dispute générale avec ses amis, et aux Horcruxes de Regulus qui semblaient hors d’atteinte. A trois heures du matin, il ne dormait toujours pas, et il avait les yeux fixés sur les gros flocons de neige qui s’étaient remis à tomber dehors.
Il fit un dernier effort pour à nouveau vider son esprit et emmêler ses pensées de manière à pouvoir se défendre inconsciemment en cas d’agression, et il finit par s’endormir.
Il fut tiré de son sommeil par une énorme douleur à la tête, alors qu’il avait l’impression de n’avoir dormi que quelques minutes.
Il était dans un cimetière, un cimetière qu’il connaissait très bien. C’était là qu’il avait vu Voldemort renaître et tuer Cédric Diggory.
Harry essaya de lutter, il savait que Voldemort avait réussi à percer ses défenses malgré ses efforts, et il devait le repousser. Mais c’était comme s’il était impuissant, en plus d’une douleur lancinante à la tête et dans sa cicatrice, s’ajoutaient des images horribles.
Il y avait un chaudron, posé entre deux tombes. De la fumée s’en échappait lentement, tourbillonnant paisiblement comme s’il n’y avait pas le moindre mouvement d’air.
Le contenu du chaudron se mit alors à bouillonner et à déborder. Il s’approcha du chaudron et vit qu’il y avait un corps qui semblait y nager. Il l’attrapa par ses longs cheveux gris et lentement le corps sortit de l’eau.
Harry fut stupéfait de découvrir celui de Sybille Trelawney, simplement vêtue d’un voile gris sombre.
C’est alors que Harry se rendit compte qu’il n’était pas le seul stupéfait. C’était comme si Voldemort lui-même avait été stupéfait. Comme s’il avait perdu le contrôle du rêve qu’il essayait de faire vivre à Harry.
C’est alors que Harry sortit du corps de Voldemort, et il put voir ce dernier toujours en train de tenir Sybille Trelawney par les cheveux. Il la lâcha lorsque celle-ci émit le râle rauque qui annonçait habituellement les prophéties.
– La prophétie doit être accomplie… l’un d’eux doit mourir sur-le-champ… le Seigneur des Ténèbres a échoué… il ne détient pas la Clef de la Paix… il doit être le premier à être sacrifié… son bourreau sera… le Roi Atomiseur de Boudons…
Regulus apparut alors de l’ombre, le visage horriblement aminci, une crête effrayante sur le crâne, et des cheveux noirs brillants des deux côtés de la tête.
– Avada kedavra !
Un éclair vert fonça sur Voldemort qui poussa un hurlement. Il sortit alors sa baguette et envoya un autre éclair vert avant de recevoir celui de Regulus.
L’éclair de Voldemort passa juste devant Harry qui le suivi du regard. Il continua sa route en passant entre deux tombes et c’est là que Harry s’aperçut de la présence de Ginny.
Il poussa un hurlement qui fut masqué par le rire maléfique et terrifiant de Voldemort.
– La Clef de la Paix ! râla à nouveau Trelawney.
Ginny reçut le maléfice en pleine poitrine et elle s’effondra sur le sol, morte.
Harry se réveilla en sursaut, traumatisé par ce nouveau rêve. Ginny semblait avoir vécu le même rêve, elle était pâle comme la mort et en sueur. Elle éclata en sanglots et ils restèrent tous les deux dans les bras de l’autre à se réconforter pendant un bon quart d’heure.
Ils s’aperçurent alors de la présence de Ron, Hermione et Dobby qui semblaient profondément inquiets.
– Oui, j’avais fait ce qu’Abelforth m’avait dit de faire, dit Harry avant même que Hermione n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche.
– Je le sais, Harry, raconte nous ce que vous avez vu.
Harry leur raconta le rêve dans tous les détails et à sa plus grande surprise, Hermione semblait avoir compris ce qu’il signifiait au vu de ses multiples gestes d’acquiescement durant le récit.
– Malheureusement, Abelforth n’est pas là, et Joe Jigger non plus, se lamenta Ron en consultant la Carte du Maraudeur.
– Il reste Rogue mais je pense qu’il vaut mieux ne pas le déranger maintenant, répondit Hermione. Et puis de toute façon je pense avoir compris une partie de la signification de ce rêve.
– Comment ça ? demanda Ron.
– Je pense que… Voldemort est très inquiet ! dit-elle.
– Inquiet ? Et pourtant il arrive à leur faire vivre des cauchemars toutes les nuits ! Ce n’est pas lui qui les vit ! s’emporta Ron.
– Ce n’est pas cela que je veux dire. D’après la description de Harry, j’ai l’impression que le cauchemar qu’il a essayé de faire vivre à Harry et Ginny a échappé de son contrôle, et qu’il a vu ses inquiétudes se matérialiser.
« Je m’explique. Trelawney est apparue pour lui dire que Regulus allait le tuer parce qu’il n’avait pas accompli la prophétie en ne détenant pas la Clef de la Paix. Cela veut dire d’une part qu’il n’a aucune idée de ce qu’est la Clef de la Paix et que cela l’inquiète beaucoup, et d’autre part qu’il craint énormément Regulus puisque c’est lui qui vient le tuer et pas toi ou Pétunia. Enfin, on peut aussi penser que cette prophétie le tracasse énormément, parce qu’il hésite dans les choix qu’il doit faire pour l’accomplir.
– Je pense que tu as raison, Hermione, répondit Ginny.
– Mais que faisait Trelawney dans le rêve ? demanda Harry.
– En quelque sorte, elle incarne un peu la prophétie, répondit Hermione. C’est simplement elle qui fait habituellement les prophéties et qui lie ton destin à celui de Voldemort.
– Ce n’est pas vraiment cela que je voulais dire. Je vous l’ai mal décrit, mais j’ai l’impression que c’est comme si c’était Trelawney elle-même qui avait pris le contrôle du rêve de Voldemort à la fin. On aurait dit qu’ils luttaient l’un contre l’autre pour diriger le rêve, et que moi à côté je n’y pouvais rien. Il y avait une troisième personne dans ce rêve, Trelawney était bien là, ce n’était pas comme si elle était simplement une image.
– Je comprends, mais d’un côté, cela n’est pas étonnant, elle est en quelque sorte liée à vous deux puisque c’est elle qui a fait la prophétie. Je ne pense pas que c’est la partie la plus importante du rêve. Je retiens surtout que Voldemort n’est pas aussi fort qu’il ne veut en donner l’air, et c’est d’autant plus embarrassant pour lui que maintenant il sait que tu le sais !
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